Comment le traumatisme dirige nos actions, nos pensées, nos comportements, souvent sans qu’on s’en rende compte ?
Comment on s’en libère pour vivre la vie que l’on choisit vraiment, pour s’aimer et aimer son corps ?
Comment on s’en libère aussi pour attirer les opportunités, les expériences ou les relations à notre juste valeur ?
Comment on reprend notre pouvoir personnel, notre confiance en nous et notre assurance?
Le figement, c’est quoi en réalité?
Pour commencer, rectifions un abus de langage. Quand on parle de trauma, on désigne en réalité la trace qu’un événement émotionnellement intense a laissée dans notre corps. Cette trace, c’est un figement du système nerveux, qui dure bien plus longtemps qu’il ne le devrait.
Le figement est une réponse de survie. Il s’active lorsque le système nerveux perçoit une menace et que les réponses de combat ou de fuite ne sont pas possibles. C’est une protection. Il nous immobilise quand il n’y a plus d’autre option. Ce réflexe est instinctif évidemment parce qu’il faut que ça soit extrêmement rapide face au danger. On l’observe très clairement chez les animaux qui font le mort face au danger comme les chèvres, les gazelles, les souris, certains insectes, etc. Les proies de manière générale.
Le figement chez les animaux vs chez nous
Imaginez une souris qui se balade dans une grange, un chat entre et lui saute dessus. Face à un tel adversaire, la souris ne peut ni combattre ni fuir. Il ne lui reste qu’une option, se figer. En apparence, rien ne se passe, elle fait la morte. Mais il faut imaginer la quantité d’énergie que son système interne mobilise pour contenir sa pulsion de vie et paraître inerte. Mettez-vous vraiment à sa place. Vous ne devez surtout pas bouger, sinon vous y passez. Contenir l’élan vital en situation de danger demande au corps une énergie considérable.
Finalement, le chat se désintéresse de la souris inerte dans ses pattes et quitte la grange. Après un temps de latence, la souris perçoit qu’il n’est plus là, se redresse, puis en tremblant, ou en courant de façon désordonnée dans la grange. Par ce mécanisme instinctif, elle décharge l’énergie de survie accumulée. C’est ce qui lui permet de reprendre sa vie de souris sans garder de traumatisme, donc de trace ou de figement à l’intérieur de son corps. Sa réponse de survie est achevée et complétée, c’est un concept central dans la guérison des traumatismes.
Nous ne sommes pas tous traumatisés de la même manière
Deux personnes ne réagissent pas de la même façon au même événement. Et donc n’en seront pas affectées de la même façon. Par exemple, après un accident de voiture, l’une ne voudra peut-être plus jamais reprendre le volant, tandis que l’autre conduira de nouveau sans aucune difficulté. C’est pour cela que le trauma ne désigne pas l’événement lui-même, mais la trace qu’il laisse chez chacun de nous, individuellement.
Le figement est une réaction normale et naturelle
Face à une personne agressive qui hausse le ton, il est normal de perdre ses mots, de se figer, de sentir un brouillard mental ou le sol se dérober sous nos pieds. C’est une réaction naturelle. Ce qui nous impacte vraiment, c’est quand cette réponse de figement surgit dans des situations qui ne le justifient plus et qu’elle reste active bien après la fin de l’événement.
Pourquoi sommes-nous traumatisés ?
Parce que nous avons un cerveau pensant et un imaginaire qui nous permettent de voyager mentalement dans le passé ou le futur. C’est ce qui nous permet de raconter les histoires de nos ancêtres à nos enfants, ou de nous projeter dans la construction d’une maison ou l’aménagement d’une cuisine. Mais c’est aussi ce qui nous permet de ressasser le passé en boucle, ou d’imaginer des scénarios catastrophes.
Une fois le chat parti, la souris retourne sans problème dans la grange. Elle ne rumine pas des pensées du type » et si le chat était toujours là ? Et s’il y en avait un autre ? Et si je me faisais encore attaquer ? Et s’il y avait un chat dans le jardin aussi ? Et si tous les chats voulaient m’attaquer ? « . La souris n’est pas traumatisée, pourtant, elle mène une vie objectivement bien plus dangereuse que la nôtre.
Nous, les êtres humains, faisons deux choses qu’elle ne fait pas. D’une part, nous projetons un scénario catastrophe basé sur notre vécu, ce qui nous maintient dans un état d’hypervigilance constante. D’autre part, nous avons perdu l’instinct de décharger physiquement l’énergie de figement, cette énorme quantité d’énergie qui nous immobilise par protection d’un danger perçu. Comme cette énergie n’est pas déchargée, la réponse de survie ne s’achève jamais et nous ne pouvons pas aller au bout de notre processus naturel. Et tant que cette énergie reste bloquée dans le corps, l’évènement ne peut pas être intégré.
C’est ce que permet le travail que l’on fait en thérapie psychocorporelle : réapprendre à diminuer l’hypervigilance pour se sentir en sécurité, et décharger l’énergie de figement, afin de compléter ce processus et d’intégrer le ou les événements traumatiques.
Comment savoir si nous avons de l’énergie de figement bloquée en nous ?
Lorsque vous entreprenez une action, que ce soit de travailler sur une création, de développer une compétence qui vous tient à cœur, ou lorsque vous êtes dans une situation spécifique au travail ou dans votre famille, recentrez vous sur votre corps et posez vous les questions suivantes :
Est-ce que dans cette situation je me sens en expansion ou en contraction ?
Est-ce que je sens que c’est fluide et facile ou contraire que c’est lourd et dur, comme avancer à contre-courant ?
Est-ce que lorsque j’entreprends cette action je me sens grande ou petite ?
Je vous l’accorde, certains blocages sont tellement inconscients qu’on ne fait pas tout de suite le rapprochement avec l’action qui les déclenche. Ne vous découragez pas, les prises de conscience viennent au fur et à mesure de s’observer et de prendre du recul sur soi.
Voici un exemple qui pourrait résonner :
Peut-être avez-vous été jugée et critiquée par le passé sur votre façon de vous habiller, votre coupe de cheveux, votre corps, votre posture, votre démarche, votre intimité. Peut-être avez-vous vécu de l’humiliation à l’école, auprès de votre famille, dans une activité extrascolaire, auprès de vos camarades de l’époque. Il est alors fort probable que vous ressentiez beaucoup de difficulté dans notre vie actuelle à montrer vos créations, à être visible en ligne, à vous habiller comme vous le souhaitez, à vous mettre en valeur, à prendre votre place. Au contraire, l’énergie de figement restée bloquée depuis l’époque de l’humiliation continue de s’activer à chaque fois que vous serez plus exposée aux autres et au monde. Car pour votre système nerveux, visibilité égal danger.
Comment se libérer du figement ?
Voici un exercice d’introspection en 4 étapes pour vous aider à libérer progressivement vos blocages inconscients et donc le figement qui vous empêche d’avancer vers ce que vous désirez vraiment. Je vous invite à télécharger le workbook ci-dessous qui contient une vingtaine de questions pour vous guider en profondeur.
Étape 1 : identifier les blocages inconscients dans le corps
Repérez et listez toutes les situations et les actions où vous vous sentez physiquement bloquée, où vous n’arrivez pas à avancer même avec toute la bonne volonté du monde, où vous vous sentez incapable de bouger, où vous avez l’impression d’être prisonnière dans un bloc de granit, où vous sentez que vous avancez à contre-courant.
Étape 2 : identifier la peur racine
Pour chaque situation listée à l’étape 1, répondez aux questions suivantes :
Qu’est-ce qui pourrait m’arriver de pire si je faisais [l’action] ?
Quel est le risque à faire [l’action] dans [la situation] ?
Si je ne fais pas [l’action], en quoi cela pourrait être bénéfique pour moi?
Si je ne fais pas [l’action], de quoi cela me protège de quoi, qu’est ce que cela me permet de faire/d’obtenir ?
Si je ne fais pas [l’action], cela me donne une bonne excuse pour ….
Vous trouverez des questions supplémentaires dans le workbook.
Étape 3 : reparenter la part de soi blessée
Après cette deuxième étape, vous détenez une précieuse mine d’informations. Placez-vous en observatrice et regardez cette peur racine. Cette voix qui s’exprime, quel âge a-t-elle ? Que ressent-elle ? Dans quel environnement évolue-t-elle ? Comment se tient-elle ? Comment parle-t-elle ?
Cette identité, c’est une part de vous.
Observez les émotions que cela vous procure de voir cette part de vous, de vous connecter à elle, de vous y intéresser. Vous êtes l’adulte aujourd’hui et vous avez la possibilité de prendre soin de cette part blessée. Regardez ce que vous avez spontanément envie de lui offrir de positif, de rassurant. On peut imaginer la prendre dans les bras, lui caresser la joue, lui tenir la main, lui offrir un cadeau, lui dire des mots rassurants, l’aider. Qu’est-ce qu’elle vous demande ? De quoi a-t-elle besoin ? Sans vous mettre la pression de répondre à tous ses besoins, regardez simplement ce qui est déjà disponible pour vous, maintenant.
Portez votre attention sur vos sensations physiques, et restez dans cet échange aussi longtemps que nécessaire.
Étape 4 : accompagner la part de soi blessée
À présent, accompagnez cette part de vous au moment où vous reprenez l’action qui vous figeait.
Vous pourriez lui dire quelque chose comme « Ne t’inquiète pas, je suis avec toi, on va le faire ensemble. Ce n’est pas grave si on rate ou qu’on échoue, l’important c’est qu’on s’amuse, qu’on y prenne plaisir. Rien ne peut nous arriver. »
Prenez le temps dont vous avez besoin et surtout le temps dont cette part de vous a besoin. Car on ne brusque pas un enfant qui a peur, c’est le meilleur moyen de le bloquer encore davantage.
Refaites cet exercice aussi souvent que vous le sentez nécessaire mais ne le faites pas s’il ne résonne pas pour vous.
Bonne exploration
Cet exercice d’introspection est particulièrement efficace et puissant pour moi, encore aujourd’hui.
Je serais ravie d’avoir vos retours si vous souhaitez les partager.
Pour toute question, contacter moi ici.



