Mon histoire avec la colère
Pendant très longtemps, je ne me mettais jamais en colère. J’étais la petite fille “sage comme une image”, docile, obéissante, qui ne fait jamais de vague. Je ne savais pas du tout ce que c’était que d’être en colère.
Cela m’a beaucoup couté dans ma vie et dans mes relations car je ne posais jamais mes limites et je ne disais rien lorsque quelque chose me dérangeait ou me blessait. Tant émotionnellement que physiquement.
Au fil de mes expériences et de mon évolution personnelle, j’ai apprivoisé ma colère pour qu’elle devienne ma guerrière intérieure, la gardienne de mon intégrité, de mon équilibre et de mes valeurs.
Se reconnecter à notre colère en tant que femme nous permet d’oser nous exprimer, de prendre notre juste place, de rayonner et d’être vue.
Dans cet article, je vous partage :
Pourquoi la colère est saine et naturelle
Pourquoi nous la réprimons ou la craignons
Comment la mettre au service d’une vie épanouie
La colère : qu’est-ce que c’est ? qu’est-ce que ce n’est pas ?
La colère est une émotion naturelle et spontanée face à ce qui menace notre intégrité, nos valeurs, notre bien-être, notre équilibre, ou encore notre sécurité. Elle est liée à l’état sympathique du système nerveux, son énergie mobilisatrice prépare le corps à passer à l’action, c’est-à-dire combattre ou fuir. Nos muscles se gorgent de sang, le rythme cardiaque s’accélère, nos poumons se remplissent d’air, etc. Bien avant de passer en mode combat ou fuite, l’énergie de colère nous permet de maintenir la menace ou l’intrusion à distance. Comme lorsque la lionne grogne quand on s’approche de ses petits. C’est ce que je définis comme la colère saine.
En revanche, la colère n’est pas le fait d’exploser de rage ou de frustration sur une autre personne. Ce n’est certainement pas lui jeter des insultes, des phrases blessantes injustifiées et inappropriées au visage. Se mettre en colère n’est pas non plus le fait de couper toute communication avec une personne pendant des heures voire des jours et lui imposer le silence comme une forme de punition. Nous parlerons ici de colère toxique.
Quel est le véritable rôle de la colère ?
La colère saine est notre guerrière intérieure. Elle nous alerte lorsque nos limites sont en train, ou on été, dépassées. Comme lorsqu’un intrus s’aventure sur un territoire étranger en traversant sa frontière invisible, la tour de guet en est alertée. Cette énergie de colère est saine parce qu’elle nous préserve et nous protège de ce qui porte atteinte à notre monde intérieur mental, émotionnel, physique et énergétique.
Le véritable rôle de la colère saine a toujours été de faire changer une situation qui ne nous convient pas, qui ne respecte ni nos besoins, ni nos valeurs, ni notre intégrité. L’énergie de colère nous fait nous exprimer plus clairement sur ce que l’on accepte ou non, avec calme et assertivité. Comme la tour de guet négocie les conditions d’entrée de l’intrus sur le territoire ou l’en faire sortir.
Si la colère est saine et naturelle, pourquoi nous la réprimons ?
Il serait aberrant de croire que la colère ne fait pas partie de vous. Elle est présente en chacun de nous, mais elle est plus ou moins réprimée ou acceptée en fonction des personnes. Je vous partage ici 3 pistes qui pourraient expliquer pourquoi vous réprimez tant votre colère.
L’héritage culturel de la colère chez les femmes
La colère fait peur à la plupart des femmes. Et à raison !
Nous descendons de plusieurs générations de femmes qui ont été rentrées dans le moule de la femme douce, sage, discrète, conciliante, malléable et docile. Une femme acceptable se devait de maintenir l’harmonie dans le foyer et en société. Encore aujourd’hui, une femme en colère est souvent critiquée, ridiculisée, jugée de folle ou d’hystérique. Et sa colère est minimisée. Même si ces conditionnements sont moins présents qu’avant, nous portons ces mémoires inconscientes et ce bagage transgénérationnel et culturel dans nos cellules.
La relation de nos parents avec LEUR colère
La façon dont vos parents se mettaient, ou non, en colère peut avoir influencé votre relation à elle.
Si l’un de vos parents vous hurlait dessus sans raison compréhensible et de façon disproportionnée, il y a de grandes chances pour que la colère des autres vous terrifie encore aujourd’hui. C’est pourquoi vous réprimez la votre au plus profond de vous. Pour ne surtout pas devenir comme ce parent.
À l’inverse, si l’un de vos parents ne se mettait absolument jamais en colère de quelque manière que ce soit, vous avez sans intégré le même comportement par mimétisme. Lorsqu’on est enfant, nos parents sont nos modèles, ils façonnent notre vision du monde. Si nous ne savons pas poser nos limites, ni exprimer nos besoins et nos valeurs avec confiance et assertivité, nous pouvons nous demander à qui est-ce que nous ressemblons le plus.
La relation de nos parents avec NOTRE colère
Comment vos parents réagissaient-ils lorsque vous vous mettiez en colère, enfant ? Avec silence ? Punition ? Mépris ? Violence verbale et physique ?
C’est important de se rappeler ici qu’un enfant est entièrement dépendant de son/ses parents pour sa survie. Il ne fera donc jamais quelque chose qui pourrait mettre en danger la relation d’attachement, car sa survie est en jeu.
L’énergie de colère saine étant naturelle chez lui, il est tout à fait normal qu’il l’utilise pour exprimer ses inconforts, ses mécontentements et ses besoins. C’est une émotion brute qui prend naissance dans son système nerveux autonome, donc n’est en aucun cas soumis à sa volonté.
Lorsque l’énergie de colère saine de l’enfant est accueillie avec répression, colère toxique, violence, punition, silence, l’enfant la réprime immédiatement pour conserver à tout prix le lien d’attachement. Il intègre alors qu’exprimer sa colère saine est mauvais, voire dangereux.
En prenant conscience de vos héritages passés, vous retrouvez le pouvoir d’apprivoiser la colère pour qu’elle devienne votre alliée pour le reste de votre vie.
Comment la mettre au service d’une vie plus épanouie ?
La colère peut être votre plus grande alliée. Son énergie puissante vous met en action et vous donne plus de confiance et d’assise quant à vos choix, vos valeurs. Vous exprimez vos limites, vos relations sont plus respectueuses et votre vie s’en trouve beaucoup plus alignée et épanouie.
Je vous transmets ce que j’ai moi-même appliqué dans ma vie pour me réconcilier avec la colère.
Apprivoisez sa colère
Il est très facile de savoir que nous sommes en colère lorsque nous avons des plaques rouges sur la gorge et le sternum, que nous crions et faisons des gestes brusques. Mais dans ces cas là, le message qu’on veut faire passer a peu de chance d’être reçu ! Je vous invite à porter votre attention sur vos signaux internes, beaucoup plus subtiles, qui précèdent l’explosion. A l’inverse, si vous ne vous mettez jamais en colère, repérer ces signaux peut paraître plus difficile, mais je vous assure que l’énergie de colère est toujours en vous.
Comment savez-vous que vous êtes en colère ? Comment votre corps vous le fait savoir ? Cela peut être un bouillonnement dans le ventre ou le bassin, une agitation intérieure, le regard qui devient plus perçant, une sensation d’expansion dans la cage thoracique, etc. Entrez en contact avec votre propre langage. Au fur et à mesure, vous saurez détecter l’étincelle qui embrase votre feu intérieur, bien avant que cela devienne un volcan.
Vous sentir en sécurité et créez un cadre de sécurité
C’est justement parce qu’on ne se sentait pas en sécurité pour exprimer notre colère par le passé, que nous l’avons réprimée au plus profond de nous. Je vous invite donc à développer la sensation de sécurité dans votre corps. Car il ne s’agit pas de se « penser » en sécurité, mais bien de se « sentir » en sécurité. Là est toute la différence.
Ensuite, créez-vous un cadre de sécurité, qui définit le plus précisément possible ce que vous acceptez ou non, vos besoins, vos limites et vos valeurs. Dessiner les contours de votre territoire intérieur, mental et physique, vous permettra d’être beaucoup plus claires lorsque vous exprimerez votre colère saine. Sans cela, votre colère ressort de façon brute et inintelligible pour vous-mêmes et la personne en face de vous. Rappelez-vous que la colère sert à faire changer une situation qui ne vous convient pas. Vos besoins, vos limites, vos valeurs doivent avoir été clarifiés en amont, à tête reposée, pour pouvoir être communiquée efficacement.
Évacuez le trop plein
Vous êtes peut-être une cocotte-minute. Vous avez contenu votre colère pendant des années. C’est peut-être difficile de la laisser sortir de façon saine, au début. C’est tout à fait normal. Je vous invite à explorer différentes manières d’évacuer le trop-plein, cela vous permettra de ne pas exploser à la première étincelle.
Il y a des sports qui déchargent et libèrent le surplus d’activation sympathique du système nerveux. L’écriture thérapeutique aide aussi à sortir tout ce que l’on a sur le cœur et en travers de la gorge, sans jamais avoir besoin de le dire à la personne concernée. Crier dans un coussin ou dans la nature libère la tension dans la gorge due à une colère réprimée. Prenez ce qui vous convient et testez.
Commencez petit
Une fois que vous connaissez vos signaux subtiles et internes de colère, que vous vous sentez en sécurité avec elle et que vous avez déchargé votre trop-plein, commencez par exprimer votre colère saine sur de petites choses sans trop d’enjeu. Peut-être que tenir tête à son patron, c’est trop tôt. Ce n’est pas grave, vous y arriverez un jour. Observez vos ressentis et la réaction de votre entourage lorsque vous commencez à exprimer vos limites, vos besoins, ou lorsque vous dites « Non« .
Comme chaque nouvelle habitude, c’est inconfortable au début.
Mais vous reprenez votre pouvoir personnel.

